Repères
Frithjof Schuon est, avec René Guénon et Ananda Coomaraswamy, l'un des trois maîtres de ce qu'on appelle l'École Pérenne ou Traditionalist School — un courant de pensée du XXe siècle qui soutient qu'au cœur de toutes les grandes religions se trouve une même Vérité essentielle, voilée par les formes propres à chacune. Mais là où Guénon avait posé les fondations doctrinales et critiqué le monde moderne, Schuon a donné à la doctrine sa profondeur métaphysique et sa résonance spirituelle. C'est, dans cette École, l'aile contemplative et sapientielle.
Né à Bâle en 1907 d'un père allemand violoniste et d'une mère alsacienne d'éducation pieuse, Schuon perd son père à treize ans et s'installe avec sa famille à Mulhouse, devenant français. Très jeune, il lit la Bhagavad-Gītā, puis Platon, puis les Upanishads — son cœur cherche la source, partout. En 1923, à seize ans, il découvre l'œuvre de René Guénon ; c'est une révélation. Pour la première fois, il rencontre une voix occidentale qui parle de l'intérieur de la doctrine traditionnelle.
En 1932, à vingt-cinq ans, il fait le voyage décisif. Il part pour Mostaganem, en Algérie, rencontrer le Cheikh Aḥmad al-ʿAlawī (1869–1934) — sans doute le plus grand maître soufi du XXe siècle (qui a aussi influencé Martin Lings, René Guénon, et tant d'autres). Le Cheikh l'initie au tasawwuf, lui donne le nom musulman ʿĪsā Nūr ad-Dīn Aḥmad et l'autorise, peu avant sa mort, à transmettre la voie en Occident. De cette branche naîtra, après la vision en 1965 de la Vierge Marie qui scelle son enseignement, la ʿAlāwiyya-Maryamiyya — tarīqa soufie active en Europe puis aux États-Unis.
Schuon passe sa maturité à Lausanne, puis en 1980 s'installe à Bloomington (Indiana, USA) avec un noyau de disciples. Il y meurt en 1998. Son œuvre écrite, intégralement en français, totalise plus d'une vingtaine d'ouvrages traduits dans le monde entier — particulièrement étudiés dans les universités anglophones grâce à son ami Seyyed Hossein Nasr, qui l'a fait connaître au public américain.