Frithjof Schuon Le jeu des masques

لُعْبَةُ الأَقْنِعَة

Le jeu des masques

Frithjof Schuon · 1992

L'homme comme projection cosmogonique — l'un des derniers grands livres de Schuon.

Le geste central

Le titre est volontairement étrange : le jeu des masques. Schuon emprunte ce mot à la philosophie hindoue, où līlā désigne le jeu divin par lequel l'Absolu manifeste le relatif. Mais il y ajoute la notion de masque (persona au sens latin) : chaque homme est un masque que la Substance divine prend pour se manifester dans le temps. Ce n'est pas une métaphore désinvolte — c'est, pour Schuon, une description ontologique exacte.

Au-delà de la simplicité apparente de cette image, le livre — qui sera l'un des derniers grands de Schuon avant La transfiguration de l'homme (1995) — traite des questions les plus graves : le péché originel, la contingence, l'intention, la charité, la conscience du Réel, et le passage libérateur qui ferme le volume. On y entend la voix d'un homme à la fin de son œuvre, qui ne cherche plus à convaincre mais à transmettre.

Les concepts-clés (vulgarisés)

L'architecture de l'ouvrage

Contrairement aux livres précédents, Le jeu des masques n'est pas divisé en parties formelles : ce sont onze études serrées, dans une continuité de méditation. Voici l'enchaînement :

  1. Prérogatives de l'état humain — fondement anthropologique
  2. L'homme dans la projection cosmogonique — la création comme processus permanent
  3. Le jeu des masques — le chapitre éponyme, homme-centre vs. homme-périphérie
  4. Ex nihilo, in Deo — métaphysique de la création
  5. En face de la contingence — accepter la fragilité du monde
  6. Sur les traces du péché originel — relecture métaphysique d'Adam
  7. De l'intention — niyya et discernement
  8. Remarque sur la charité — la charité comme qualité d'être
  9. Point d'initiative sans la vérité — sagesse contre activisme
  10. Avoir conscience du Réel — iḥsān
  11. Le passage libérateur — le geste final

Quelques voix

« L'homme-centre est déterminé par l'intellect et de ce fait se trouve enraciné dans l'immuable ; l'homme-périphérie est plus ou moins un accident. » Le jeu des masques, chap. III
« Il est de saints hommes qui rient avec ceux qui rient et pleurent avec ceux qui pleurent — ce qui est une façon d'exprimer indirectement le détachement, et directement la bienveillance, de l'homme pneumatique. » Le jeu des masques, chap. III
« La substance divine sous-jacente n'abolit pas le masque humain ; pas plus que celui-ci n'empêche la manifestation divine. » Le jeu des masques, chap. III

Pour le lire

Le jeu des masques est un livre de vieillesse spirituelle. Schuon a 85 ans quand il l'écrit ; il a tout dit, tout argumenté ; il reste à déposer. Les onze études sont d'une concision extrême — chaque phrase porte. Aucune polémique, aucune justification ; seulement une voix qui dit ce qu'elle sait.

À lire en dernier, parmi les œuvres de Schuon. Quand on a parcouru L'œil du cœur (la doctrine), Sentiers de gnose (les controverses), Du divin à l'humain (la systématisation), Avoir un centre (l'application anthropologique), alors Le jeu des masques apparaît comme ce qu'il est : l'enseignement déposé.

Trois chapitres méritent d'être lus seuls et plusieurs fois : Le jeu des masques (chap. III), Avoir conscience du Réel (chap. X), et Le passage libérateur (chap. XI). Ce dernier peut accompagner une vie entière.

Résonances