Frithjof Schuon Sentiers de gnose

جْنُوسِيس

Sentiers de gnose

Frithjof Schuon · 1957

La gnose comme langage du Soi — l'intelligence devenue voie.

Le geste central

D'abord, lever un malentendu : la « gnose » dont parle Schuon n'a rien à voir avec les gnoses sectaires du IIe siècle condamnées par les Pères de l'Église. Le mot grec gnôsis signifie simplement connaissance — au sens fort, plein. Pour Schuon, la gnose est exactement ce que le sanscrit appelle jñāna (connaissance libératrice), ce que les soufis nomment maʿrifa, et ce que les Pères grecs (Évagre, Maxime le Confesseur) appelaient déjà ainsi avant que le mot ne tombe en mauvaise réputation. C'est la connaissance par identification — où celui qui connaît, ce qu'il connaît, et l'acte de connaître ne font plus qu'un.

Le sous-titre du chapitre central — « La gnose, langage du Soi » — donne la clef. La gnose n'est pas une opinion philosophique parmi d'autres : c'est la parole intérieure par laquelle le Soi (Ātman, Esprit, Intellect divin) se reconnaît en l'homme. L'âme ne fabrique pas la gnose ; elle s'efface assez pour qu'elle s'exprime à travers elle.

Les concepts-clés (vulgarisés)

L'architecture de l'ouvrage

Première partie · Controverses

Cinq études polémiques, où Schuon précise ses positions face à des malentendus courants : Le sentiment d'absolu dans les religions (toutes les religions n'absolutisent pas de la même manière) ; Diversité de la révélation ; Y a-t-il une mystique naturelle ? ; Vicissitudes des tempéraments spirituels ; À propos de la doctrine de l'illusion (qui rectifie les contresens modernes sur le védānta).

Deuxième partie · Gnose

Le cœur du livre. Quatre chapitres : La gnose, langage du Soi (pose la doctrine) ; L'aspect ternaire du microcosme humain (corps-âme-esprit) ; Amour de Dieu, conscience du Réel (l'articulation amour/gnose) ; Voir Dieu partout (le geste contemplatif).

Troisième partie · Christianisme

Trois chapitres consacrés au christianisme : Quelques aperçus, Mystères christiques et virginaux (la Vierge, le Christ, l'Esprit), et De la croix. C'est là qu'on mesure la profondeur du christianisme intérieur de Schuon — qui, par-delà sa vie musulmane, n'a jamais cessé de méditer la figure du Christ.

Quelques voix

« La vérité, par sa nature, ne saurait être démocratique ;
mais nul ne saurait l'empêcher d'être universelle. » Sentiers de gnose
« La fonction de l'Intellect est inverse [du nivellement] : dans la mesure même où il unifie à l'intérieur, il discerne à l'extérieur. » À propos de la doctrine de l'illusion
« Le Christ n'est pas un homme devenu sage, mais une Manifestation divine. » À propos de la doctrine de l'illusion

Pour le lire

Sentiers de gnose est un livre polémique autant que doctrinal — Schuon y argumente, défend, précise contre des contresens fréquents. C'est, à cet égard, un excellent livre après L'œil du cœur, qui pose la doctrine sans la défendre. Les chapitres Voir Dieu partout et La gnose, langage du Soi sont les sommets contemplatifs ; le chapitre sur la doctrine de l'Illusion est le plus indispensable pour qui veut éviter les confusions néo-védantines.

Résonances