Repères
René Guénon est le fondateur de ce qu'on appelle l'École Pérenne, ou pensée traditionnelle : ce courant du XXe siècle qui a remis au centre la notion de Tradition — la transmission, à travers les âges, de vérités d'origine non-humaine. Avant lui, l'Occident moderne avait perdu jusqu'au vocabulaire nécessaire pour penser le sacré ; Guénon le lui a restitué, avec une rigueur quasi mathématique. Tous les autres maîtres de cette école — Schuon, Coomaraswamy, Burckhardt, Lings — viennent après lui et lui doivent leur langage.
Né à Blois en 1886 dans une famille catholique, Guénon fait des études de mathématiques à Paris. Jeune homme, il fréquente les milieux occultistes et néo-spiritualistes de la capitale (l'Église gnostique, le martinisme, la mouvance de Papus) — qu'il quittera bientôt et qu'il critiquera ensuite sans ménagement, dans Le Théosophisme (1921) et L'Erreur spirite (1923). Cette traversée des fausses pistes lui a appris, mieux que personne, à distinguer l'ésotérisme authentique de ses contrefaçons.
Vers 1910, il est initié au soufisme par l'intermédiaire du peintre suédois Ivan Aguéli (ʿAbd al-Hādī), affilié à la Shādhiliyya. Guénon entre alors dans l'Islam et reçoit le nom de ʿAbd al-Wāḥid Yaḥyā — « le serviteur de l'Unique ». Mais il continue d'écrire, pour l'Occident, dans le langage de la métaphysique universelle. Les années 1920 sont sa grande période : Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues (1921), Orient et Occident (1924), L'Homme et son devenir selon le Vêdânta (1925), La Crise du monde moderne (1927).
En 1930, Guénon part pour Le Caire. Il y restera jusqu'à sa mort, vivant en musulman soufi, sous le nom de Cheikh ʿAbd al-Wāḥid Yaḥyā, épousant une Égyptienne, élevant ses enfants dans la tradition. Il n'a jamais cessé d'écrire — Le Symbolisme de la Croix (1931), Les États multiples de l'être (1932), Le Règne de la quantité (1945), Aperçus sur l'initiation (1946). Il meurt au Caire en 1951 ; ses derniers mots, rapporte la tradition, furent l'invocation du Nom : « Allāh… Allāh… »