René Guénon Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme

لَمَحَاتٌ عَنِ التَّصَوُّف

Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme

René Guénon · 1973 (posthume)

Les clefs du soufisme, exposées de l'intérieur — par un homme qui le vivait.

Le geste central

Ce livre est particulier dans l'œuvre de Guénon, et particulièrement précieux pour qui s'intéresse au soufisme. C'est un recueil posthume — paru en 1973, vingt-deux ans après la mort de l'auteur — qui rassemble les articles que Guénon avait consacrés à l'ésotérisme islamique (le tasawwuf) et, plus brièvement, au taoïsme.

Ce qui le rend unique : Guénon n'écrit pas ici en observateur extérieur. Il est un soufi — affilié à la Shādhiliyya depuis 1910, vivant au Caire comme le Cheikh ʿAbd al-Wāḥid Yaḥyā. Quand il parle de l'écorce et du noyau, du tawḥīd, du faqr, il décrit une voie qu'il pratique. C'est, dans toute son œuvre, le livre le plus directement relié à l'expérience.

Pour le lecteur de La voie du dedans, ce livre est en quelque sorte la charnière : il relie la métaphysique guénonienne (l'Infini, les états de l'être) au vocabulaire vivant du soufisme — celui-là même qui irrigue tout le site.

Les concepts-clés (vulgarisés)

L'architecture de l'ouvrage

Étant un recueil posthume d'articles, le livre n'a pas l'unité construite d'un traité. Mais l'enchaînement des dix chapitres a sa logique :

  1. L'ésotérisme islamique — la distinction sharīʿa / ḥaqīqa
  2. L'écorce et le noyau — l'image fondatrice (qishr / lubb)
  3. Et-Tawḥīd — les degrés de l'attestation de l'Unité
  4. El-Faqr — la pauvreté spirituelle
  5. Er-Rūḥ — l'Esprit, le souffle divin
  6. Note sur l'angélologie de l'alphabet arabe — la science des lettres
  7. La chirologie dans l'ésotérisme islamique — le symbolisme de la main
  8. Influence de la civilisation islamique en Occident
  9. Création et Manifestation — deux perspectives sur l'origine
  10. Taoïsme et Confucianisme — la même structure en Chine

Le volume se clôt sur une série de comptes rendus de livres et de revues que Guénon avait rédigés — sur le soufisme, sur Henry Corbin et Suhrawardī, sur le folklore nord-africain — précieux pour qui veut suivre ses lectures.

Quelques voix

« De toutes les doctrines traditionnelles, la doctrine islamique est peut-être celle où est marquée le plus nettement la distinction de deux parties complémentaires l'une de l'autre, l'exotérisme et l'ésotérisme. » L'ésotérisme islamique, chap. I
« C'est cette connaissance [la ḥaqīqa] qui donne à la sharīʿa même son sens supérieur et profond et sa vraie raison d'être. » L'ésotérisme islamique, chap. I

Pour le lire

C'est, des cinq ouvrages présentés ici, le plus accessible à un lecteur du soufisme — et le plus directement utile pour comprendre La voie du dedans. On peut le lire sans avoir parcouru les traités métaphysiques : les chapitres sont brefs, concrets, et chacun éclaire un mot que le site emploie constamment (tawḥīd, faqr, rūḥ, ḥaqīqa, ṭarīqa).

Pour un premier contact : lire les chapitres I à V (L'ésotérisme islamique, L'écorce et le noyau, Et-Tawḥīd, El-Faqr, Er-Rūḥ). Ces cinq textes forment, à eux seuls, une introduction d'une clarté rare au vocabulaire du tasawwuf. C'est peut-être le meilleur point de départ, dans toute l'œuvre de Guénon, pour qui vient du soufisme plutôt que de la philosophie.

Résonances