Michel Chodkiewicz Un océan sans rivage

بَحْرٌ لَا سَاحِلَ لَه

Un océan sans rivage

Michel Chodkiewicz · 1992

Ibn ʿArabī, le Livre et la Loi — une œuvre tout entière jaillie du Coran.

Le geste central

Six ans après Le Sceau des saints, Chodkiewicz publie en 1992 un livre plus bref, mais qui porte une thèse décisive. Son titre est une image : l'œuvre d'Ibn ʿArabī est un océan sans rivage — démesurée, vertigineuse, en apparence sans limites. Mais un océan, si vaste soit-il, a une source. Et cette source, démontre Chodkiewicz, est unique : c'est le Coran.

Le livre vise un malentendu précis. On a longtemps lu Ibn ʿArabī comme un mystique débordant, un « génie » qui aurait improvisé sa propre métaphysique, voire un syncrétiste affranchi de la Loi musulmane. Chodkiewicz établit, texte en main, que c'est faux. Loin de se libérer du Coran et de la Loi, Ibn ʿArabī ne fait rien d'autre, page après page, que les lire en profondeur. Son audace n'est pas une rupture : c'est une fidélité poussée jusqu'au vertige.

Les concepts-clés (vulgarisés)

L'architecture de l'ouvrage

Cinq chapitres — et chacun a pour titre un verset du Coran. La forme dit déjà la thèse : on n'étudie pas Ibn ʿArabī à partir d'idées, on l'étudie à partir du Livre dont il procède.

  1. « Si tous les arbres de la terre devenaient calames… » (Cor. 31:27) — l'inépuisabilité de la Parole
  2. « Nous n'avons omis, dans le Livre, aucune chose » (Cor. 6:38) — tout procède du Coran
  3. « Et c'est à Lui que vous serez reconduits » (Cor. 36:83) — l'origine et le retour
  4. « Dans les horizons et dans leurs âmes » (Cor. 41:53) — le double livre du monde et du cœur
  5. « Ceux qui sont perpétuellement en prière » (Cor. 70:23) — le terme de la voie

Quelques voix

La conviction qui porte tout le livre, Chodkiewicz la formule sans détour : il n'y a pas, chez Ibn ʿArabī, de pensée « à côté » du Coran. Le Shaykh al-Akbar n'ajoute rien au Livre ; il en fait sortir ce qui y dormait. Comprendre cela, c'est cesser de lire Ibn ʿArabī comme un poète vague de l'Unité, et commencer à le lire comme ce qu'il est : un exégète d'une audace sans égale.

Pour le lire

Plus court et plus accessible que Le Sceau des saints, Un océan sans rivage est sans doute la meilleure porte d'entrée dans l'œuvre de Chodkiewicz — et l'un des meilleurs moyens de corriger, en quelques chapitres, les idées reçues sur Ibn ʿArabī. À lire avant de se risquer dans les Futūḥāt.

Résonances