Khaled Bentounes est l'un des rares maîtres soufis vivants dont la voix soit largement entendue, en Algérie comme en Europe. Guide spirituel de la Tarīqa ʿAlāwiyya — la confrérie fondée au début du XXe siècle par le cheikh Aḥmad al-ʿAlawī —, il a fait de cette voie héritée un message pour le temps présent : un soufisme tourné vers la paix, la fraternité et le vivre-ensemble.
Une lignée vivante
Pour situer Khaled Bentounes, il faut suivre une chaîne — ce que les soufis nomment la silsila, la lignée par laquelle un enseignement se transmet, de cœur à cœur, sans interruption. La voie ʿAlāwiyya a connu, depuis sa fondation, quatre guides :
- Cheikh Aḥmad al-ʿAlawī (1869–1934) — le fondateur, à Mostaganem. C'est lui qui donne son nom à la voie. Il a reçu lui-même l'enseignement du cheikh Muḥammad al-Būzīdī, dans la lignée de la Darqāwiyya — une branche de la grande voie Shādhiliyya. La ʿAlāwiyya est donc, par ses racines, un rameau shādhilī.
- Cheikh ʿAddah Bentounès (mort en 1952) — deuxième guide, qui recueille la voie après la mort d'al-ʿAlawī.
- Cheikh Muḥammad al-Mahdī Bentounès (mort en 1975) — troisième guide, père de Khaled Bentounes.
- Cheikh Khaled Bentounes — depuis 1975, quatrième guide de la voie.
Khaled Bentounes n'a donc pas « choisi » sa charge : il en a hérité, à la mort de son père, dans la continuité d'une transmission familiale et spirituelle. Mais hériter, dans le soufisme, ne suffit pas — il faut réaliser ce que l'on reçoit. C'est ce travail intérieur, et son ouverture au monde moderne, qui font sa physionomie propre.
Une vie entre deux rives
Né en 1949 à Mostaganem, sur la côte algérienne, Khaled Bentounes grandit au cœur même de la confrérie, auprès de son père. Mais sa vie se déploie aussi en France, où il passe de longues années — ce qui fait de lui un homme de deux rives : enraciné dans la terre algérienne et la tradition arabe, familier de l'Europe et de ses questions.
Cette double appartenance n'est pas un déchirement : elle est le lieu de son message. Bentounes s'adresse à un monde où l'islam et l'Occident se côtoient, parfois se craignent — et il y porte la voix d'un soufisme qui apaise, qui relie, qui refuse la peur.
Un soufisme de la paix
Le cœur de son enseignement tient en une conviction : la spiritualité n'a de sens que si elle transforme la manière d'être ensemble. La voie intérieure n'est pas une fuite hors du monde ; elle est ce qui rend enfin capable d'habiter le monde sans le blesser.
Vivre ensemble n'est pas tolérer l'autre — c'est le reconnaître. Esprit de l'enseignement de Khaled Bentounes
C'est pour cela que Khaled Bentounes a porté, sur la scène internationale, l'idée d'une Journée internationale du vivre-ensemble en paix — adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, et fixée au 16 mai. Geste rare : un enseignement soufi qui se traduit en une date partagée par tous les peuples. Il a également été à l'origine, en France, d'initiatives éducatives — dont un mouvement de scoutisme musulman — et de l'association internationale soufie ʿAlāwiyya, l'AISA.
Son œuvre
Khaled Bentounes a transmis son enseignement par des livres — souvent nés d'entretiens, fidèles à la parole vivante du maître plus qu'au traité savant.
Le livre le plus connu, et la meilleure porte d'entrée : le soufisme comme dimension intérieure et vivante de l'islam.
Découvrir l'ouvrageLa structure de l'âme humaine lue à travers le Coran — une cartographie du dedans.
Découvrir l'ouvrageLes maladies du cœur et leur guérison — le soufisme comme une véritable médecine intérieure.
Découvrir l'ouvrageÀ ces trois livres s'ajoutent d'autres ouvrages, souvent nés d'entretiens :
La fraternité en héritage
Un livre où Bentounes relie l'expérience de la confrérie — la fraternité vécue entre disciples — à un enjeu de civilisation : apprendre à faire humanité commune. La voie soufie y est lue comme une école du lien.
Vivre l'islam — le soufisme aujourd'hui
Un livre d'entretiens où Bentounes répond, sans détour, aux questions de l'homme d'aujourd'hui : que veut dire être musulman, croyant, spirituel, dans un monde sécularisé ? Le témoignage d'un maître qui refuse de séparer la foi de la raison et de la liberté.
Pourquoi il compte
Dans la galerie des maîtres de ce site, Khaled Bentounes occupe une place singulière : il est le seul dont la voix soit encore en train de parler. Avec lui, la chaîne qui part d'Aḥmad al-ʿAlawī — et, par-delà, des grands Shādhilīs — n'est pas un héritage de musée : c'est une transmission vivante, qui continue.
Sa leçon est celle d'un soufisme pour le temps présent : non pas une nostalgie, non pas un repli, mais une manière d'habiter le monde moderne avec un cœur pacifié — et de faire de la paix entre les hommes le fruit visible d'une paix conquise au-dedans.