Pour dire l'amour, l'arabe possède une centaine de mots distincts. Chacun nomme une nuance précise du sentiment : la brûlure ne se dit pas comme la noyade, l'incandescence ne se dit pas comme la tendresse, l'ivresse divine ne se dit pas comme l'attirance charnelle.
Ce que le français appelle d'un seul mot — amour — la langue arabe le déplie en un véritable atlas du cœur. Chaque mot est un lieu sur la carte, une station du voyage. Lire ce lexique, ce n'est pas accumuler du vocabulaire — c'est apprendre à reconnaître, en soi, ce qui jusque-là n'avait pas de nom.
le désir ardent, la domination amoureuse, l'amour éperdu,
la peine, les pleurs, la tristesse, la blessure, la consomption, la langueur,
et bien d'autres états semblables. » — Ibn ʿArabī, Traité de l'amour