Jalâl al-Dîn Muhammad — connu de ses disciples comme Mawlānā مَوْلَانَا, « notre maître », devenu Mevlana en turc — est le plus grand poète mystique de langue persane, et probablement le plus lu de tous les soufis dans le monde contemporain.
Il naît à Balkh, dans le Khorassan oriental, en 1207. Fuyant l'avancée des Mongols, sa famille prend la route de l'exil vers l'Anatolie. À Konya, son père s'établit comme enseignant. À sa mort en 1231, le jeune Rûmî lui succède : à vingt-quatre ans, il est juriste accompli, prédicateur respecté.
Tout change en 1244. Un derviche errant, Shams al-Dīn al-Tabrīzī, arrive à Konya. La rencontre est foudroyante. Les deux hommes se retirent ensemble plusieurs mois — Rûmî délaisse ses cours, ses livres, sa famille. Quelque chose, en lui, est en train de mourir.
J'étais cru, j'ai été cuit, puis calciné.
RûmîDe cette perte naîtra la poésie. Le savant devient un torrent de paroles. Il dicte à son disciple Husām al-Dīn, parfois en marchant, parfois en tournant sur lui-même dans une transe spontanée. Les vers jaillissent par milliers.
C'est à cette période qu'éclôt l'œuvre-océan : le Mathnawī Maʿnawī المَثْنَوِيّ — 25 000 distiques qu'on a surnommés « le Coran persan » — et le Dîvân-i Shams-i Tabrīzī, plus de 40 000 vers signés du nom de l'ami perdu.
Notre mort, c'est nos noces avec l'éternité.
Quel est son secret ? « Dieu est un. »
Rûmî meurt à Konya le 17 décembre 1273. Il appelle cette nuit shab-i ʿarūs, « la nuit des noces ». Chaque 17 décembre depuis presque huit siècles, les disciples mevlevî célèbrent cet anniversaire à Konya — non par le deuil, mais par la joie.