Échantillon A — Manuscrit enluminé · retour aux échantillons
جَلَال الدِّين

Jalâl al-Dîn Rûmî

1207 — 1273 · Konya

Jalâl al-Dîn Muhammad — connu de ses disciples comme Mawlānā مَوْلَانَا, « notre maître », devenu Mevlana en turc — est le plus grand poète mystique de langue persane, et probablement le plus lu de tous les soufis dans le monde contemporain. Sa vie est traversée par une rencontre dont il ne s'est jamais remis.

Il naît à Balkh, dans le Khorassan oriental, en 1207, au sein d'une famille de savants. Fuyant l'avancée des Mongols, sa famille prend la route de l'exil vers l'Anatolie. À Konya, son père s'établit comme enseignant ; à sa mort, le jeune Rûmî lui succède : à vingt-quatre ans, il est déjà juriste, prédicateur respecté, à la tête d'une école religieuse florissante.

Tout change en 1244. Un derviche errant, Shams al-Dīn al-Tabrīzī, arrive à Konya. La rencontre est foudroyante. Les deux hommes se retirent ensemble plusieurs mois — Rûmî délaisse ses cours, ses livres, sa famille. Quelque chose, en lui, est en train de mourir.

J'étais cru, j'ai été cuit, puis calciné.

Rûmî, après sa rencontre avec Shams

De cette perte naîtra la poésie. Le savant devient un torrent de paroles. Les vers jaillissent par milliers. C'est à cette période qu'éclôt l'œuvre-océan : le Mathnawī Maʿnawī المَثْنَوِيّ — 25 000 distiques qu'on a surnommés « le Coran persan » — et le Dîvân-i Shams-i Tabrīzī, plus de 40 000 vers signés du nom de l'ami perdu.

Notre mort, c'est nos noces avec l'éternité.
Quel est son secret ? « Dieu est un. »

Rûmî, Dîvân

Rûmî meurt à Konya le 17 décembre 1273. Il appelle cette nuit shab-i ʿarūs, « la nuit des noces ». Chaque 17 décembre depuis presque huit siècles, les disciples mevlevî célèbrent cet anniversaire à Konya — non par le deuil, mais par la joie.